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"JE N'ENSEIGNE PAS, JE RACONTE" (MONTAIGNE). VAGABONDER vers le SOLEIL LEVANT sur la CROUTE du MONDE : PARIS, PRAGUE, BUDAPEST, SOFIA et RILA, ISTANBUL, APHRODISIAS, PAMUKKALE, KONYA, la CAPPADOCE (GOREME, PASABAG, ZELVE, CAVUSIN, NEVSEHIR, KAYMAKLI), l'ARMÉNIE et la GÉORGIE (UN PEU PARTOUT !)


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ISTANBUL SUR JOURDAIN (nouvelle) (nov. 2012).

 

 

 

 

 

 

ISTANBUL

 

SUR

 

JOURDAIN

 

 

 

 

 

 

 

 

1

 

 

Je saute du lit avant l'aube.

Ce petit-déjeuner à huit heures est une hérésie. Comment attendre jusqu'à huit heures ?

À l'aube, je traverse Sultanahmed, Fatih, Zeyrek jusqu'à Carsamba en état d'apesanteur.

 

J'arrive au monastère de la Vierge de Pammakaristos bien avant son ouverture. Il a été transformé en musée. Commerces et écoles sont encore fermées.

Me voilà bien avancé... Et maintenant ?

 

Je fais le tour du monastère, ce cube de pierres et de briques, surmonté de deux bulbes à coupoles. Une des églises a été convertie en mosquée. Le croissant islamique remplace la croix.

Du côté où le mur est le plus bas, une grille le complète. Un chat noir assis sur le mur me regarde. J'ai déjà vu ce chat quelque part.

Je le caresse, il ronronne de plaisir, notre bonne d'entente dure trois minutes. L'iris droit est bleu, mais son iris gauche est vert. Quand il me fait un clin d'oeil, je crois rêver, mais il miaule avec énergie et saute dans le jardin du monastère.

 

Coups d'oeil à gauche et à droite. Personne.

Je grimpe, enjambe la grille avec précaution et saute à mon tour. Mon guide n'a pas l'air surpris. Il miaule de nouveau et traverse la pelouse sans se presser.

Je trotte pour le rattraper, où va-t-il ?

Il longe le mur du bâtiment, je le suis, il veut peut-être me montrer quelque chose. Il s'engouffre dans une brèche et disparaît ! 

C'est une vraie châtière, mais en me raclant le dos, je la franchis et me retrouve à l'intérieur.

 

 

2

 

 

Noir complet. D'abord je n'y vois rien. Où est passé ce chat ? Je ne l'entends pas, mais je commence à distinguer les lieux.

L'odeur de la terre, mêléà la poussière m'assaille.

Silence total. Je marche lentement vers un rayon lumineux. Il passe par une fenêtre au-dessus d'une porte. J'ouvre la porte, on y voit plus clair. Des voûtes couvrent les plafonds. C'est très beau.

On dirait un vestibule. La lumière entre par le fond, dans une troisième salle. Je m'y rends et m'arrête.

 

Des mosaïques couvrent la coupole du dôme, l'abside et même les côtés de l'église.

Je passe de l'une à l'autre, comme un gamin passe d'un éclair au chocolat à une tarte aux pommes ou à un mille-feuilles, devant la vitrine d'une pâtisserie miraculeuse.

Un rugissement me ramène sur terre.

 

 

3

 

 

- "Que fais-tu là, bougre d'âne ?", s'exclame un énergumène en agitant un bâton respectable.

Il sent le bouc et ressemble étonnamment à Jean le Baptiste.

- "Serais-tu Jean ? Celui qui baptisa Jésus dans les eaux du Jourdain ?"

- "Veux-tu une preuve, incrédule ? Toi qui entre ici comme un voleur ? Et que fais-tu de ton baptême ? Viens !"

 

Il m'empoigne le bras, me tire sous une mosaïque représentant le baptême de Jésus par Jean.

- "Regarde de tous tes yeux, regarde !"

Je découvre le Jourdain, les gens entourant Jean et Jésus dans un paysage de création du monde. Quand une lumière m'aveugle. Une tournade m'emporte, la poussière encrasse ma gorge.

 

 

4

 

 

Où suis-je ?

Je suis agenouillé près d'une rivière. Une voix rauque enflammée exorde le peuple à se repentir.

Monté sur un rocher plat qui affleure au-dessus de l'eau, Jean le Précurseur s'agite et tonne :

- "Venez car les temps sont proches ! Vous qui avez pêché, préparez-vous, le Messie est en route. Je baptise par l'eau, qui lave, qui purifie ! "

 

Une file d'hommes attend son tour sur la berge, avance lentement.

Chacun marche dans l'eau jusqu'aux cuisses, incline la tête. Jean verse l'eau recueillie dans ses mains en coupe en prononçant quelques mots à voix basse. Le voilà baptisé.

 

Les gens repartent ensuite sur un chemin, qui s'enfonce dans un défilé. Sans doute vers un village ou une ville. 

Les lieux sont désertiques, le vent soulève de la poussière jusqu'au dessus du Jourdain.

 

Je décide d'attendre la venue de Jésus. Jean continue son oeuvre de baptiseur pendant deux heures au moins. Quand la dernière personne est baptisée, il saute dans l'eau, regagne la berge.

 

 

5

 

 

- "Que fais-tu là, bougre d'âne ?", me lance-t-il avec hargne.

- "Je n'en sais rien. Quand Jésus doit-il venir ?"

- "Tu veux parler du Messie ? Personne n'en sait rien. Tu devrais relire attentivement les Écritures !"

- "Mais connais-tu le Messie ? L'as-tu déjà vu ?"

- "Bien sûr que non ! Quand je le verrai, je le reconnaitrais pour le Messie. Dieu m'enverra un signe !"

Et Jean me tourne le dos, s'éloigne sur un chemin que je n'avais pas remarqué.

 

Découragé, je m'assieds sur une pierre, faisant le point sur mes aventures. Istanbul rend maboul. Mais se retrouver en Palestine à dialoguer avec Jean le Baptiste. Enfin, si l'on peut converser avec un tel allumé...

Je me replonge dans mes pensées, craignant la tombée de la nuit. Quand un ronflement m'alerte. Je me lève, suit la piste sonore, qui me conduit à une petite grotte dans la roche.

 

 

6

 

 

Un homme allongé ronfle bruyamment. Un gros pichet de vin a roulé de quelques pas. Je le secoue, mais il se retourne contre terre et reprend ses ronflements.

Persuadé qu'une méthode radicale s'impose, je remplis le pichet dans le Jourdain et j'inonde joyeusement cet ivrogne.

 

Il grommelle, ouvre les yeux, jure épouvantablement. Puis il proteste :

- "Je n'avais pas besoin d'un second baptême ! Un m'a suffit ! Ce Jean est un loup qui chasse les brebis par troupeaux entiers ! Comment t'appelles-tu ?"

- "Je m'appelle Lionel, et toi ?"

- "Barnabé le tavernier. Avec deux amis, nous avons fêté notre baptême. Mais où sont-ils, ces faux frères ?" Il se lève en pestant : "Mon auberge est dans le village le plus proche. Que dirais-tu, Lionel, d'y boire à notre rencontre ?"

- "Volontiers, Barnabé. Je t'accompagne !"

 

Sur le chemin, je lui évite deux ou trois chutes car son équilibre reste imparfait...

- "Nous arriverons juste avant la tombée de la nuit. Cela vaut mieux avec les hyènes et les chacals..."

 

En effet, il ouvre sa taverne au crépuscule en poussant un rugissement barbare :

- "Cette promenade à la campagne m'a donné soif ! Tiens, camarade ! Ce fou de Jean t'a-t-il baptisé ?"

- "J'ai déja été baptisé. Recommencer serait inutile !"

- "Bien sûr ! Alors, comment trouves-tu mon grand cru spécial baptême ?"

- "Plutôt fort, non ?"

- "Penses-tu ! Ce fou de Baptiseur devrait faire attention. On dit qu'Hérode pense à le faire arrêter. Encore un coup de sa garce de femme !"

- "Comment ? En es-tu sûr ? Raconte !"

 

Ensuite, je ne me rappelle plus rien. 

Le vin était excellent, mais le tavernier a trop souvent rempli mon verre pour que je garde le moindre souvenir de la soirée.

 

 

7

 

 

Le lendemain, une odeur de mouton me réveille. Barnabé chante avec deux compères en tournant un gigot de mouton embroché. Ma tête joue du tambour et je titube.

- "Voilà Monseigneur sur ses jambes ! Le mouton sera prêt dans vingt minutes !", me lance Barnabé. Et il reprend le refrain d'une chanson à boire.

 

Je réponds vaguement entre les dents et gagne le seuil de l'auberge. Un soleil de plomb m'enserre le crâne. Au diable la Palestine ! Je remonte la rue jusqu'au marché, où deux ânes braient interminablement.

Je regarde les étals, où dominent dattes et bananes, sans arriver à m'intéresser aux bavardages de trois patriarches.

Quelque chose me préoccupe, mais j'ignore quoi exactement.

 

Soudain, je trouve. Comment se fait-il que je comprenne et parle la langue de Barnabé ou de Jean le Baptiste ?

Je m'assieds sur une caisse vide pour réfléchir à ce problème.

Mais un corbeau, posé à moins de deux mètres, me scrute comme un jeteur de sorts. Soudain, il coasse violemment en battant des ailes ! Troublé, je me lève d'un bond et le corbeau s'envole pesamment.

 

Un garçon de sept ou huit ans se plante devant moi, me prend la main :

- "Viens ! Ma mère est malade !"

- "Mais... Je ne suis pas..."

- "Viens vite ! Tu peux la soulager ! Je t'ai vu la soigner cette nuit dans mon rêve !"

 

Résigné, je laisse le garçon me guider vers sa maison.

Une pensée me traverse : "Et si je tuais ma première patiente ? Cette histoire va mal finir..."

 

SUITE du TEXTE :

 

 

22/11/2012: ISTANBUL SUR JOURDAIN 2 (nouvelle)

 

 

Lionel Bonhouvrier.

 



Publié à 18:55, le 22/11/2012 dans A3. LITTERATURE : liens, Istanbul
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